Accompagnant son mari, l'ethnologue Edward S.C. Handy, lors d'une expédition organisée aux îles Marquises par le Bishop Museum (Honolulu) en 1920-1921, Willowdean C. Handy a accepté de relever les derniers motifs de tatouage qui subsistaient dans l'archipel après que les autorités religieuses et administratives en aient interdit la pratique en 1884. Le fruit de ce travail rigoureux a été publié dès le retour de l'expédition, en 1922.
Ces relevés ont été effectués dans un court laps de temps, ce qui confère au recueil une forte homogénéité — qui, pourtant, n'interdit pas des comparaisons permettant d'éclairer les ultimes évolutions d'une pratique plusieurs fois centenaire ; l'auteur précise qu'on ne comptait plus, lors de son passage, que cent vingt-cinq Marquisiennes ou Marquisiens tatoués dans tout l'archipel. Les témoignages recueillis proviennent principalement d'Hiva Oa mais, directement ou en reprenant les motifs transcrits par d'autres membres de l'équipe, le champ couvre également Tahuata et Fatu Hiva (groupe Sud), Nuku Hiva et Ua Pou (groupe Nord), ce qui rend possible la comparaison entre styles locaux.
Les trente-huit planches du recueil constituent donc le précieux instantané d'un art et d'un mode de vie en voie de disparition et permet, par comparaison, de saisir les changements à l'œuvre depuis le passage dans l'archipel, en 1897 et 1898, de Karl Von Steinen La qualité du regard porté par Willowdean C. Handy doit enfin retenir toute l'attention. Sa contribution n'est pas celle d'une spécialiste : l'œil est sans préjugé théorique, exclusivement soucieux de transcrire une réalité déroutante. Les risques d'une lecture orientée sont donc étroitement limités. Paradoxalement, cette « fraîcheur » de néophyte est gage d'enrichissement : soustraite à l'emprise des présupposés académiques, l'auteure est restée à l'écoute de ses seuls contacts locaux avec lesquels elle a su nouer des relations de confiance et d'amitié.